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L'inoubliable, ce ne sera pas tellement le tango. Leurs pieds ne sont pas habitués aux parquets cirés, ils ne maîtrisent pas l'alternance des pas de base et le glissé diagonal de la jambe. Leurs regards sont droits, mais pas focalisés sur leur partenaire. Le tango, ils le rangeront dans la boîte "souvenirs de la cérémonie d'ouverture" et de l'Argentine, ils retiendront plutôt ces combats acharnés sur l'eau, la mer qui se mue en diablesse, les incroyables vagues qui impriment si bien la pellicule et offrent aux photographes leurs meilleurs clichés, le sel qui cingle la figure et vous force parfois à détourner la tête et le soleil, complice des éléments en folie, qui mieux qu'ailleurs s'y entend pour vous brûler la peau. winners
Ils se souviendront aussi qu'en janvier, à Mar del Plata, il y avait soixante équipages, avec une dominante écrasante d'Argentins affutés, à prétendre au titre de champion du Monde de 29er. Que parmi ces cent vingt compétiteurs se trouvaient seize filles pas bégueules, le plus souvent barreuses, épaulées par d'efficaces échalas au trapèze, et qu'elles allaient elles aussi mener double bataille contre les adversaires et le swell.
Jour J: Gaël JAFFREZIC et Julien BLOYET, champions du Monde ISAF 2010 et seuls tricolores sur l'épreuve, s'en sortent brillamment. Quatrièmes, troisièmes, premiers, ils ont la vitesse et déjà ce soupçon d'audace intuitive qui naît de l'expérience des grandes compétitions. Pourtant, les conditions sont extrêmes. Ce soir-là, Pepe Bettini, le Poulidor des 29er Worlds (second cette année pour la quatrième fois) avouera qu'au début du bord de vent arrière il s'est pris pour un pro surfant le Pipeline contre Kelly Slater...Galop d'essai initial, la journée marquera également le début des hostilités pour les stars argentines, les équipages Belen TAVELLA-Franco GREGGI et Pepe BETTINI-Fernando GWOZDZ.
Le lendemain, le décor est à l'identique et le vent qu'on avait prédit modéré, n'en fait qu'à sa tête, se renforçant au fil des heures. Les skiffs, bondissent, planent, percutent des montagnes d'écume. Malgré les embruns, il faut rester lucide, marquer ses adversaires, faire marcher le bateau, tactiquer au mieux. L'exercice est épuisant. Gaël et Julien, plus légers que leurs adversaires, se sont entraînés tout l'automne et maîtrisent plutôt bien leur machine. Ils naviguent intelligemment, franchissant la ligne d'arrivée en sixième, septième et quatrième position. Retour à terre et surprise à l'approche du port: dans la vague qui barre l'entrée, un zodiac s'est insidieusement débarrassé de son pilote! Heureusement, Matias Capizzano, photographe officiel, n'a pas hésité à se jeter à l'eau pour secourir le malheureux.
5 janvier, dernier jour de qualif. La brise a baissé sa garde, oscillant entre 10 et 16 noeuds maximum. Des conditions que les Français apprécient. Mais la houle s'est à nouveau invitée à la fête. Quand les Argentins gîtent, nos représentants naviguent très à plat, trop à plat, risquant de se retrouver à contre à chaque vague. La vitesse n'est pas au rendez-vous. Sur Facebook, le mur de Gaël affiche un léger coup de blues: "c'est dur de juste naviguer quand les autres volent". Après trois jours de régate, le bilan est tout de même positif. Huitième au général, les Baulois sont déjà assurés de figurer sur le podium Jeunes car seul le team britannique 4ème de l'ISAF a réussi lui aussi à forcer l'entrée de la gold fleet. Quant aux compétiteurs natifs, ils participent en nombre à la ronde finale (17 équipages) et entendent bien y démontrer leur supériorité!

29er_worlds_2011
Les choses sérieuses recommencent. Malgré une vitesse correcte et un mental souriant, nos représentants s'emmêlent les pinceaux dans des bascules de vent aléatoires et une mer hâchée menu. La journée rit jaune et les supporters se prennent à douter... Mais le championnat n'est pas terminé. Sur les deux derniers jours, le FRA 0009 franchira quatre fois la ligne d'arrivée dans les cinq, renouant avec une réussite qui lui avait brièvement fait défaut. Le samedi, comme pour pimenter un final déjà riche en suspens, Eole abandonnera la partie, modifiant drastiquement le plan d'eau et laissant aux novices l'opportunité de régater enfin, sans chavirer ni casser. Deux bateaux, l'ARG 1726 et l'ARG OOO2, qui ont joué au chat et à la souris toute la semaine, peuvent encore prétendre à la victoire. Ironie du sort, ils resteront soudés par une égalité de points au-delà de la dernière course. Finalement c'est Belen, la brune au sourire modeste, qui sera déclarée vainqueur à l'issue d'un protêt marathon. L'Argentine triomphe mais réserve une standing ovation aux petits Français à la cérémonie de clôture. Cinquièmes du championnat et premiers non argentins, Gaël et Julien empochent en sus le trophée des moins de 19 ans.
Ils oublieront le tango, mais jamais la viande fondante et cette compétition un peu folle où les meilleurs Argentins prolongèrent le corps à corps jusqu'au bout de l'épreuve.